(AP-MC) - «Oh non, la maison de mon ex-mari est sur ma liste», s'esclaffe Sissy Wick en ajustant ses lunettes rouges.
Rassemblés dans l'auditorium du Burlington High School, une cinquantaine de bénévoles écoutent les recommandations d'un organisateur de campagne de Barack Obama qui leur explique ce qu'il attend d'eux d'ici les primaires de demain.
Parmi les militants, il y a quelques têtes grises, mais aussi plusieurs jeunes adultes et même quelques ados. Studieusement, ils consultent les feuilles où sont inscrits les noms des électeurs à qui ils doivent rendre visite pour les convaincre de voter du bon bord. «Parlez-leur de changement», rappelle l'organisateur.
Mince, élégante, Sissy Wick ne fait pas ses 60 ans. «C'est la première fois que je m'engage en politique», confie-t-elle, fébrile. Pourquoi avoir choisi Barack Obama? «Il m'inspire, au lieu de parler de peur, comme le fait George Bush, il parle d'espoir.»
Sissy n'est pas la seule, en ce samedi matin neigeux, à faire ses premiers pas de militante.
Il y a aussi Brannon, ingénieur, et Kristy, mère au foyer, accompagnés de leur fillette d'un an. «Je n'ai jamais senti une telle énergie, une telle motivation», s'exclame Brannon.
Peter Merritt, étudiant en agriculture écologique, est un novice lui aussi. Il pense que Barack Obama saura «redonner le gouvernement aux citoyens» et débarrasser Washington des lobbies et grosses corporations.
Demain, des primaires se tiendront dans quatre États: l'Ohio, le Texas, le Rhode Island et le Vermont. Alors que l'attention médiatique est fixée sur les deux premiers - de gros États mettant en jeu un grand nombre de délégués - une bataille rangée se livre juste de l'autre côté de la frontière du Québec.
Avec ses 600 000 habitants, le Vermont ne pèse pas lourd dans la course. Il n'offre que 23 délégués - dont sept «superdélégués», nommés par l'establishment du parti.
Reste 16 délégués à répartir proportionnellement au vote.
Au début de la campagne, Hillary Clinton pouvait miser sur sa notoriété, dit Garrison Nelson, politologue à l'Université du Vermont à Burlington. Mais les derniers sondages accordent jusqu'à 25 points d'avance à Barack Obama. Un écart insurmontable. La fièvre Obama bat son plein au Vermont: ne cherchez plus de t-shirts à son effigie, ni d'autocollants à coller sur votre pare-choc, ils sont épuisés depuis plusieurs semaines.
Comment expliquer ce succès? En bonne partie, par le «travail de terrain incroyable» que Barack Obama a accompli au cours des derniers mois, signale Sam Hemingway, journaliste au Burlington Free Press.
Rarement le Vermont a-t-il connu un tel intérêt pour une course à l'investiture. «Avec mes amis, nous sommes devenus de vrais accros de la politique», dit Sissy Wick.
Il faut dire que pour une rare fois, la voix de ce minuscule État compte vraiment. Habituellement, quand le Vermont tient ses primaires, les jeux sont déjà faits depuis longtemps. Mais cette fois, la lutte est si serrée que chaque vote peut faire la différence.
C'est ce que s'appliquent à marteler les organisateurs venus encourager les militants qui se lançaient, ce week-end, dans un ultime blitz de porte-à-porte. «Il n'y a rien comme regarder un électeur dans les yeux. Aucune publicité ne peut battre ça», clame l'invitée vedette venue fouetter les troupes, Jan Schakowsky, députée de l'Illinois.
Publié par : Marcel Charland
à 08:24:51
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